Le départ se rapproche et absorbe mes pensées.

Parfois je me dis que je suis fou, que tout cela n'a pas de sens, que je prends des risques inutiles, que j'impose une longue séparation à ceux que j'aime, pour rien. Que je manque à tous mes devoirs en partant.

Parfois je me dis que je n'ai qu'une vie, que je le regretterais toujours si je ne le fais pas, que ce n'est pas un caprice mais bien quelque chose qui fait partie de moi, depuis longtemps.

Il y aura des galères, de l'inconfort, des prises de tête aux douanes, la laideur des banlieues et des zones industrielles, parfois la peur, la solitude... Mais il y aura aussi, le plaisir de repartir le matin, l'imprégnation particulière liée à la vie à l'extérieur pendant des semaines, les longs moments où l'esprit se tait pour ne plus faire qu'un avec la route, la contemplation silencieuse de ce qui est beau, l'impression de légèreté, les fins de journées où la lumière transforme une pauvre station essence poussiéreuse en carte postale, la nature à l'état brut, le grand mystère de la rencontre, l'observation curieuse et bienveillante de l'autre à défaut de pouvoir parler sa langue. L'alibi de la non maitrise de la langue devient du coup une chance, au moins de temps en temps.

Peut être n'irai je pas jusqu'au bout, peut être n'irai je pas loin...on verra bien.

Je pars donc lundi 14 juin vers 14h. Italie, Slovénie, Bosnie, Serbie, Roumanie, ukraine, Russie, Kazakhstan, Russie, Mongolie, Chine. Rentrer en Chine avec son propre véhicule est difficile, voire impossible. Il faut avoir le permis de conduire chinois, seulement délivré aux étrangers résidants en Chine. Or je l'ai depuis mon dernier petit séjour en Chine en mars dernier, grâce à Wei, une amie chinoise. Peut être sera t'elle à Ulan Bator lorsque je passerai. Si tel est le cas, nous traverserons ensemble le désert de Gobi sur la moto vers la frontière chinoise et tenterons de rentrer en Chine. Grosse incertitude. Si ça marche je laisse la moto en Chine à Fushun, en attendant d'y retourner pour une exploration plus fouillée de la Mongolie plus tard, et je rentre en avion. Sinon, retour par un autre chemin à Ulan Bator et transmongolien jusqu'à Moscou avec la moto qui me me ramènera ensuite à la maison.

Rien ne se passera comme prévu. Trop de km, trop d'aléats, trop de variables...tant mieux.

Voilà pour la version officielle. La version officieuse est moins reluisante. En fait, je vais passer deux mois tranquille, dans un petit hotel de Valence où j'ai fait installer un écran géant. En pyjama toute la journée, le doigt sur la télécommande, je vais regarder tous les matchs de la coupe du monde en éclusant les futs de bière qu'on doit me livrer dans ma chambre. Toutes les photos du voyage seront donc d'infâmes montages à partir de la phototèque de google. Faites juste comme si vous ne le saviez pas....

 

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