Les 120 derniers km en Mongolie puis 3 h de franchissement de frontière. Dans ma botte, mon pied droit me fait souffrir et je râle de devoir enchainer ce dédale de bureaux, services, chiens policiers, douaniers... Je repars enfin. Elle est belle cette montagne Russe. Je me fais surprendre par la pluie, réagis trop tard et enfile mes vètements de pluie sur les miens, dèjà mouillés. Dans mon bain Marie, je ne cesse de repenser à cette ultime nuit mongole. Les Russes, les Chinois, les Kazakhs méprisent les mongols, si arriérés, si loin des préoccupations économiques de leurs voisins. Ils vivent simplement, durement certes, mais heureux et légers.

Mongolie 569

J'arrive à Ulan Ude. Le transsib, comme on dit ici, y passe. Je suis fatigué et décide de tenter ma chance à la gare. J'accoste un couple dans la rue. Ania et Alexis. Je suis leur voiture à moto jusqu'à la gare de fret. Pendant une heure ils se battent pour faire embarquer la moto. C'est ok. Juste avant que nous ne repartions, trop contents, l'employée signale que Bleuette n'arrivera à Moscou que dans 26 jours. Patatras...

Désolés, Ania et Alexis m'invitent à dormir chez eux. Grande maison en bois massif, les enfants, Vadim et Christina me font les honneurs. Triple tournée de vodka, cul sec, avec 2 ou 3 gorgées de jus de fruit tout de suite derrière. Je me couche bien pompette à 1 h. Lever 5h30, départ 6. Alexis me met sur la route. Tous les deux ils ont fait tout ce qu'ils pouvaient pour m'aider, spontanément, simplement, sans autre récompense que le plaisir d'accueillir un étranger mal rasé. Merci !

Mongolie 577

Je roule 1 h puis croise Luc, motard Francais sympa. Sa moto charrie plus qu'il n'en rentrerait dans ma voiture. Plaisir de parler Français. nous repartons chacun de notre coté.

Il fait froid, la pluie s'en mèle, je suis transis. Ma résistance physique décroit à toute vitesse. Lac Baikal, Irkutsk, j'ai l'impression de ne plus savoir conduire cette moto. Pas étonnant, le pneu avant est crevé. Je sors l'une de mes 2 bombes anticrevaison. Peine perdue, le trou est trop gros. Je roule 300m et tombe sur un garage. 15 mn plus tard, c'est réglé.

Encore 100 km, en serrant les dents. Un bar resto, pas l'énergie pour repartir. Une chambrette à L'étage, c'est Bysance. Le patron, fils d'arménien, mi ange mi démon, un tantinet proxénète, tient 4 établissements un peu "olé olé" dans la région. Effectivement, passé 21h, le petit bar resto de bord de route devient d'un tout autre genre, sur fond de tubes russes crachés plein pot par une sono surpuissante. Mon lit se trouvant au dessus de ce petit univers en ébullition, je ne trouve pas le sommeil. Le patron, une bague en or à chaque doigt, m'emmène alors voir son jardin secret. Le pigeonnier. Il possède des pigeons de race. Le couple lui a couté une fortune me dit il. Ils sont blanc immaculé, une collerette de plumes autour des pattes, leur tète est magnifique. Nous restons là une demi heure sans mot dire à les regarder, pendant que la vodka coule à flot sous le phrasé universel de lady gaga. Pour me rassurer quant à la sécurité de Bleuette pendant la nuit, il m'emmène dans sa chambre (décorée comme lui seul en a le secret), allume son poste Tv. 6 webcams balayent son empire en permanence. Je souris en voyant un sixième de l'écran dédié aux pigeons blancs.

En déficit lourd de sommeil, je m'endors alors sitôt mes yeux fermés. je ne mets pas de réveil. Il faut que je dorme, ma sécurité en dépend.

Départ samedi 9h. Dans cette course stupide au visa, je me gèle. Je dois m'arréter souvent pour me réchauffer, puis je n'y arrive plus. J'ai continuellement froid. La route comporte de larges troncons non goudronnés transformés en bourbier. J'arrive péniblement à avaler 600 km, je coupe le moteur, exténué prés d'un petit resto, pose ma tète sur la saccoche de réservoir. 10 secondes de calme. Je ne sais pas encore que c'est le calme avant la tempète.

D'un coup la porte du resto s'ouvre et la noce se déverse à l' extérieur Aprés un banquet de 7 heures. Ils sont tous autour de moi. Une solide matronne (genre Mahité locale) surgit et m'embrasse de force sur la bouche. Par chance, Bleuette ne génère pas d'électricité statique, nous brulerions vif si les vapeurs de vodka de la plantureuse Siberienne s'enflammaient. Je quitte pantalon et veste Kway, couverts de boue. Elle me saisit par le bras et me traine comme sa chose dans le restaurant. je jette un regard éploré vers l'assistance. "Help, au secours ! enlevez lui les piles ! Attachez là au bar ! Faites quelque chose !" Personne ne volant à mon secours, je me dégage comme je peux et plante là ma poupée Russe  (dans la série des gigognes, plutot le gros modèle). Des hommes la raisonnent, enfin ! Pour se faire pardonner, elle m'offre une bouteille de tord boyaux, fait maison. 1\2 h plus tard, ils sont tous partis. je me fais un massage de la cheville droite avec le breuvage à 60° de mon admiratrice, puis m'écroule sur mon lit, définitivement cuit pour la journée.

 

Dimanche, encore le froid, jusqu'à Krasnojarsk. Je retends la chaine dans le centre ville, espérant me faire repérer par un motard et lui demander son aide pour me faire embarquer avec Bleuette dans un camion pour Novossibirsk. En vain. Je réussis à rouler , jusqu'à Marlinsk. Au passage, je récupère 2 heures d'un coup. Je n'ai plus que 5 heures d'avance sur la France. Je suis sur le mème méridien que Lhassa, au tibet. Mon petit lit douillet, en Ardèche est encore loin.

Mongolie 605

1000 bornes plus loin (une paille), je décide de m arrêter à Novossibirsk. Je ne tiendrai pas le rythme des 900 km par jour. Les routes, la météo, ne le permettent pas et physiquement je n'en suis pas capable. Désormais, cela n'a plus de sens de continuer à manger des km. Bleuette et moi venons de passer les 17 000 km. Je dois m arrêter avant le carton. Le retour en moto n'était pas au programme, mon pneu arrière ne serait pas d'accord de toutes les manières. Il faut sortir de Russie autrement qu'a moto. Entre Novossibirsk et la frontière Ukrainienne, on peut faire rentrer 5 ou 6 fois la France. Je me plante dans le centre en espérant voir un motard, rien. Deux belles jeunes femmes, coquettes, assises sur un banc, se montrent mutuellement les belles chaussures à talons hauts qu elles viennent d'acheter. Dans mes vêtements boueux, gras, dechirés, Je leur demande si elles parlent anglais. Non. Je repars. L'une d'elle me rattrape et me demande : do you need help ?

 

 

 

 

Je crois bien que oui. Une demi heure plus tard me voila à l'alliance Francaise de Novossibirsk avec Alla et Toma, les deux top modèles en talons hauts. Héléna, permanente à l'alliance, ayant travaillé dix ans en France prend les choses en main.

Mongolie 615

Mongolie 617