Je me dirige donc vers la frontière Russe à 320 km. 20 km au nord de Dahran, toujours en Mongolie, je quitte la route et plante la tente entre deux petites collines. Les orages me cernent. Le temps de manger mes nouilles chinoises et la pluie est là. Un vent terrible se lève. Refugié sous la tente, je me demande combien de temps vont résister ses 2 armatures en alu. Je dois les tenir pour les empècher de se tordre. Au bout d'une 1\2h, le calme revient à peu prés. Je me couche et m'endors rapidement.

Des hennissements de chevaux me réveillent. Plusieurs cavaliers tournent autour de la tente, ils parlent entre eux. Quelle heure est il ? 1h du matin. Aie ! J'ai du être repéré en quittant la route... Branle bas de combat silencieux sous la tente. Sandales, bombe lacrymo, couteau. Assis, inquiet, j'attends. Les cavaliers sautent à terre, j'entends d'autres chevaux hennir, il semble qu'il y en ait beaucoup. On m'interpelle en mongol, je ne réponds pas. Quelqu'un tire sur la fermeture éclair du double toit de la tente. Pour impressionner, je prends une grosse voix. J'entends l'inconnu reculer précipitament, puis un rire. Un rire cristallin d'enfant.

Mongolie 561

Je comprends que les choses vont être moins graves que prévu. Je sors, encore méfiant. Ils sont trois. 2 grands ado et un petit garcon. Ils sont superbes dans leur Del (manteau Mongol), tenant les rennes de leurs chevaux. Ils me sourient, je leur souris. L'appréhension a disparu. Mais que font ils à 1h du mat, à cheval dans les collines? Ils gardent le troupeau de leur oncle. Autour de nous, la lune presque encore pleine, éclaire prés de 200 chevaux. Je sors l'appareil photo. Ils veulent que je prenne le troupeau et leurs trois chevaux entravés en photo. C'est le plus important pour eux. Mon flash se perd dans la nuit et nous ne voyons sur l'écran que les yeux fluorescents des animaux. Comme Mathis, Lucas et Nicolas, mes fils, ils ont 21, 19 et 10 ans. Trois frères. Leur père est mort, mes enfants me manquent. Ils étendent leurs dels sur le sol, nous nous y installons. J'attrappe mon paquet de gaufrettes et un reste de coca (pratique pour mon estomac fatigué aprés 24 jours de Mongolie). Je reste 2 heures avec eux, à rire, à chanter, à mimer. Le cadet chante vraiment bien. Je reprends en sifflant, puis leur chante deux, trois chansons en français, ils sifflent à leur tour. De temps en temps, l'un des deux grands saute sur son cheval pour faire le tour du troupeau. Les 200 chevaux paissent sereinement autour de nous. Le plus jeune s'endort. Ses frères m'expliquent qu'ils vont garder jusqu'à 5h du matin. En journée, il fait trop chaud.

Je retourne me coucher à regrets à 3h, mais j'ai une frontière à franchir et de la route le lendemain. Je les entends partir au galop en riant vers 5h30.

Merci pour tout Mongolie, ne change rien!

Merci !!!!