Nous nous dirigeons vers la frontière, un peu inquiets. Côté Mongol, les choses ne trainent pas. Puis nous traversons le no man’s land et arrivons côté Chinois.
Les hommes du poste de garde arrivent vers nous, tenue impeccable, gants blancs,pas trop le genre à faire risette.

Wei explique la situation, d’où je viens, où nous allons, le container dans lequel la moto va rentrer en France....

Pas possible

Nous attendons une heure sans désarmer. Wei continue à parler avec les gardes.

J'inspecte la moto et me rends compte que l'axe de l'amortisseur arrière est cassé à moitié. Le bel Ohlins ne repose que sur un de ses deux bras et la partie filetée de l'axe a mis les voiles.

Puis le chef vient nous voir. Je lui montre fièrement mon permis de conduire chinois, lui fais la conversation en chinois...Double surprise, je réussis à lui arracher un sourire.

Mais c 'est non.

Nous continuons à poireauter en plein cagnard, Wei attaque le registre de l'émotion, verse une larme...  Incroyable pour la Chine, toute émotion devant être refoulée dans ce pays, le chef du chef arrive. Quelques mots et il est d'accord.
Nous n'en croyons pas nos oreilles.

Il faut charger trés vite la moto dans un camion, car elle ne peut pas toucher le sol chinois tant qu'elle n'a pas l'accord officiel. 10 paires de bras et voila bleuette à presque deux mètres du sol dans une benne en acier. Je reste dedans, par 50°, pour la tenir. Séance sauna, 2 litres en 10mn.

trois cent mètres plus loin, c'est un autre service qui nous attend. Nous y restons 8h. Les douaniers nous prennent en affection et rackettent assez sèchement de pauvres transporteurs Mongols pour nous faire manger des pastèques, des pêches qui ne leur coutent pas bien cher. J'ai honte. J'attends au moins que les chauffeurs mongols soient partis pour manger un fruit.

La moto passe la nuit dans son camion, nous filons à Erlian, petite ville frontalière chinoise. La soirée est agréable. De nombreuses tables dans les rues, les brochettes grillent, la bière coule à flots et les plats chinois sont nombreux et d'une grande variété. La ville reste à échelle humaine ce qui n'est dans ce pays pas si banal.

Confiants, nous retournons à la douane le lendemain matin. Là, les choses se compliquent. La moto ne peut pas passer.

Toute la journée, par 50 degrés, nous allons de bureau en bureau, de chef en chef, de service en service, de bouteille d'eau en bouteille d'eau.

Bou Keyi. Pas possible

Mongolie 493

Tout à coup le camion dans lequel se trouve la moto doit partir. Elle ne peut rester sur le sol chinois. Nous la débarquons en hâte, j'ai le droit de dire au revoir à Wei en 2mn, rouler 20 m en Chine et c'est fini.

Que c'est dur......Trés dur............Trés trés dur....No more comment...................

En mongolie je fais réparer vite fait l'amortisseur avec la vis achetée en prévision chez Cros, concessionnaire agricole à Vernoux en Vivarais. Heureusement que j'ai vu le problème avant que l'amortisseur n'explose.

Triste soirée entrecoupée de coups de fil à Wei, à 3 km.

 

Nous savions que nous avions une chance sur deux. Le visa Mongol de Wei portant le tampon "Sortie", est consommé. Dans le doute, j'avais pris pour moi en France, un visa double entrée pour la Mongolie. Sinon...

Je repars dans l'autre sens le lendemain matin à 5h30

. La chaleur ne cessant de monter depuis quelques jours, pas question de rouler passé midi.
tout se passe bien, trop bien sans doute, à 50km de Saynchand, bleuette et moi décidons de prendre notre baptême de l'air, ensemble. la piste est bonne, je roule à 80km/h. Le sable blanc, la réverbération, l'absence d'ombre, l'impression d'être déjà arrivé...Je ne vois pas le gros dos d'ane sableux et nous décollons, franchement. Le vol se déroule agréablement. "pourvou que ça doure !" Mais comme l'a bien compris Newton, ca ne dure généralement pas trés longtemps. Il faut atterrir, mais sur quoi ? Une ornière, dommage !
je me prends une vraie belle pelle. le blouson renforcé, justifiant enfin sa présence sauve mon coude droit grâce à la protection, le gant en kevlar mes phalanges, la botte droite se fait laminer par 220kg de mauvaise humeur avant que je ne sois éjecté à 10 m. je me relève, sonde rapidement mes articulations... l'animal est solide mais je préfère ne pas enlever ma botte droite, je ne suis pas sùr de pouvoir la remettre. Il se passe des choses dedans...Sans la botte renforcée en cuir épais, je n'aurais probablement plus de talon.
la sacoche de réservoir a été arrachée, les valises alu ont un gros strabisme, le guidon n'est plus perpendiculaire à la roue avant. Coup rapide de pshiit désinfectant sur les plaies. En avant ! La chaleur ne permet pas de trainer.
Je vais te le ramener ton bébé Maman !
Une fois arrivé, je descends de la moto et réalise que je ne peux plus poser le pied droit par terre. J'enlève la botte en réprimant un cri. le verdict tombe : Hématome monstre au talon, élongation de tous les ligaments des orteils, cheville droite toute noire et 2 fois plus grosse que la gauche. belles éraflures à droite et à gauche. Marcher est trés difficile. Le Gobi aller-retour, c'était peut être un peu trop. Pourquoi n'ai je pas vu cette bosse?
Demain, grasse mat... et farniente, à moins que...
Mais non maman ! je plaisante...

 

Le lendemain matin c'est déjà un peu mieux. Je passe la matinée à cloche pied, à bricoler Bleuette à l'ombre et remettre d'aplomb mon petit univers. On ne s'en sort pas trop mal.

 

La chaleur est difficile à décrire. Nous n'avons pas ça chez nous. Marcher 300 m à 14h sans ombre est une épreuve. le soleil ne donne pas chaud, c'est bien pire : il fait mal. Je lave mon jean, il est sec en 20mn, posé à plat par terre et sans avoir à le retourner. Sans fournir d'effort, je tourne à 5,6 litres d'eau quotidiens, à moto, c'est plutôt 7 ou 8.

Demain, trés trés tôt, je repars. La marche vers l'est s'achève donc à 600 km de Pékin. il me faut retourner à UB, obtenir un visa Russe, et réussir à nous mettre Bleuette et moi dans le transsibérien pour Moscou. Ce n'est pas gagné...