Les premiers deux cent kilomètres se passent d 'autant plus gentiment que la route est goudronnée. Nous dépassons Choyr. La piste commence, la poussière avec, les secousses et la fatigue. Un éperon rocheux sur la gauche, à dix kilomètres. Je coupe la steppe et repère un des plus beaux endroits du parcours pour le bivouac. Un petit col rocheux, à l'ombre ouvrant de chaque côté sur le désert.

Mongolie 476

Mongolie 469

La journée suivante va être difficile. Nous suivons la voie ferrée, ce qui théoriquement ne devrait pas poser de problème. Mais la voie se sépare en deux voies et j'ai la mauvaise idée de suivre la mauvaise. Puis le relief empêche de suivre quoi que ce soit, puis nous voila bel et bien perdus dans le désert. Cela parait incroyable, mais l'on peut se perdre en en rien de temps. Force est de constater que je ne sais plus du tout ou nous sommes. GPS as tu une idée? Bien sur qu'il en a une, mais à vol d'oiseau. Comme je n'ai pas le choix, je trace tout droit. Parfois la steppe est roulante, parfois c'est un cauchemar de sable, parfois les touffes d'herbes sont si nombreuses et si grosses que la moto enchaine les montagnes russes, parfois, les cailloux sont des lames de rasoir. Wei, de bonne composition, encaisse en silence. Nous tombons trois ou quatre fois, à très faible vitesse. La chute dans le sable mou est inévitable. La moto s'enfonce alors au tiers de la roue. Incontrôlable.

Mongolie 491

100 km hors piste, à 20 km/h de moyenne, par 45 degrés, ça calme !!! Pas un chat, pas une yourte, pas un chameau. Je crains seulement de tomber sur un serpent belliqueux. A 19h, il nous reste encore 100 km de piste à effectuer et ce n'est pas rien. Pas question de bivouaquer ce soir là. Nous sommes trop éprouvés.

C'est en piteux état que nous arrivons à Saynshand, de la même couleur que le désert. Hôtel. Douche. petit repas. "Tiens, si on mangeait du mouton pour changer !".

Depuis déjà une grosse semaine, je sens que je mets plus de temps a récupérer. Les 2000 km de pistes mongoles m'ont physiquement pas mal entamé. La chaleur finit de me briser. Le Kazakhstan à côté, avec ses 40/45°,c'était frais. Par ailleurs, je n ai pas vu la couleur d'un fruit ou d'un légume depuis plus de 15 jours et mon organisme commence à rêver de ratatouille.

Encore une étape dans le gobi. 200 km avant Zamin Uud. Il faudra 8h et sans traîner. Le lecteur se demandera pourquoi nous ne flânons pas davantage dans le Gobi. On ne peut pas flâner dans le Gobi lui répondrai je. Pas d'ombre. Pas d'eau. On n'impose aucune de ses volontés au Gobi, on le remercie humblement de se laisser traverser.

Je trouve miraculeusement vers midi et demi, 4 petits arbres rabougris au creux d'un lit de ruisseau desséché. Nous y faisons escale pendant une heure et demi. 14 heures, pas de vent. Un haut fourneau.  Les quatre photos prises de ce lieu et les 150 mètres à pied en plein soleil m'ont coûté un bon litre de sueur. J'en ai même eu la tête qui tournait. Il faut que je fasse plus attention avec la chaleur. Elle peut être un piège terrible. Le corps ne réagit plus pareil. On ne sait plus si on est malade ou en bonne santé, si on a de la fièvre ou pas...

Mongolie 496

Enfin Zamin Uud. La frontière. La Chine est à trois kilomètres. Demain nous saurons si je peux rentrer ou non. Je suis inquiet, je n'ai pas la force de retourner à Ulaan Baator.