Que dire?

je ne sais plus.... Les repas sous les yourtes, les rencontres de bord de route, les coups de main pour pousser tel ou tel ou désembourber tel autre, les tronçons de piste redoutables ou tout vibre, l'immensité toujours...

Tout commence à se confondre dans ma tête. Je ne sais plus sous quelle yourte et à quel endroit j'ai mangé quoi, j'ai rencontré qui...

Mongolie 398

Je m'arrête près d'une yourte et aussitôt on me fait rentrer. On me sert une assiette avec dedans une sorte de grosse crêpe remplie de beurre et par dessus, un bon litre de crème fraiche épaisse, de yack. C'est bon mais aucun foie ne peut résister à un truc pareil. Comme ils sont dix autour de moi à me regarder manger je fais de mon mieux. A la moitié, je cale, renonce à finir et pose mon assiette, confus mais persuadé de faire ce qu'il faut pour survivre.

Il ne finit pas sa crèpe, qu'à cela ne tienne voila un plein bol d'ayrag, lait de jument fermenté. Délicieux, aigrelet, légèrement alcoolisé, puis la maitresse de yourte me propose le ragout de mouton. Est ce bien raisonnable? Par signes je lui fais comprendre que je ne vais plus rentrer dans mon blouson moto.

Mongolie 373

La diode rouge refait des siennes, et de plus en plus. A Tosontsengel, je m arrête dans un garage. En fait il me faut une demi heure pour trouver le susdit garage alors que c'est un village. Leur outil le plus délicat doit être une clef de 32. Autant dire que bleuette, pour eux, c'est de l'horlogerie fine. On démonte tout, on tombe le radiateur. Enlever le calorstat fut une bonne chose sur les routes kazaks, trés roulantes et donc génératrices d'air pour le moteur. C'est une catastrophe pour les pistes mongoles où la vitesse ne suffit pas à refroidir l'engin. En fait, en enlevant le calorstat, on complique le passage de l'eau dans le radiateur. Avec de la colle forte et un bout de plastic, le mécano condamne le passage de l'eau vers la voie facile et l'oblige à passer dans le radiateur. Force est de constater le lendemain que ca marche nettement mieux. Pourtant, à régime moteur élevé sur tole ondulée ou en fin d'ascension de col, cela se rallume toujours. A force de bricoler ce pauvre bout de radiateur... Toujours est il que la plage d'utilisation thermique de la moto redevient correcte .

Toujours ces parenthèses mécaniques. C'est pourtant bien mon quotidien. Trouver ma route, éviter l'orage, ne pas me gauffrer, éviter les trous et les embuches nombreuses, ne rien perdre y compris moi, surveiller la diode, être vigilant à chaque nouveau petit bruit produit par Bleuette, profiter de toutes les rencontres qui se présentent, savourer la vue, manger, boire, savoir où je vais dormir.

 

J'ai bien conscience que dans cet univers gigantesque, mon équilibre est précaire. Aucun droit à l'erreur.

Je m'arrête (un autre jour) prés d'un groupe de trois gers (yourtes). C est l'heure de "l'orouk", plat mongol à base de mouton, preparé pour le dernier jour du Naadam. Les hommes sortent du feu le gros bidon de lait rempli de viande, sous pression. Au moment d'ouvrir, tout le monde s'écarte de 20 m.

Je reste deux heures avec toute la famille.  Que c'est agréable ! Ils sont aussi curieux de moi que moi d'eux.

Tsaagan nur, le lac Blanc.....nuit sous une yourte. Info pour d'autres voyageurs  : Le tronçon de piste qui passe au sud du lac est un cauchemar de cailloux. Combien de fois ai je cru que la moto allait tomber en mille morceaux au bord du chemin ?

Je croise plus loin (la piste est redevenue normale, c'est à dire seulement mauvaise) un couple de français du Morbihan en pick up avec cabine. Leur moyenne est de 15 km/h, la mienne doit être de 40, voire 50. Sur le tronçon d'enfer cité précédemment, je les imagine à ...3 km/h. Rien ici, ne peut concurrencer une moto, tout au moins sur les pistes. Hors piste, le cheval reste le roi incontesté de la steppe mongole. Ils savent tous monter, les hommes les femmes, les enfants, les anciens....

Un col, le ciel se couvre, puis la pluie tombe, l'orage gronde, la foudre frappe. Vite la tenue de pluie avant qu'elle ne serve plus à rien. La boue. Attention de ne pas tomber. Seulement penser à garder l'équilibre.

La piste devient mauvaise, très mauvaise. Une vibration inhabituelle derrière. L'une des soudures du support de valises alu vient de lâcher. C'était prévisible, je ne suis pas surpris, Cela aurait même du se produire bien plus tôt vu l'état des pistes. Je mets une sangle de renfort. Quelques kilomètres plus loin, c'est la soudure voisine qui lâche, trop sollicitée par l'absence de la première, je rajoute une sangle. Ce n'est pas encore le radeau de la méduse mais cela commence à y ressembler, d' autant plus que le col rallume la diode, pendant que la pluie finit sa course là où vous savez et que mes dérapages dans la gadoue n'ont plus rien de contrôlé.

Un marécage, des camions embourbés jusqu'à la garde. Aie. Je fais un énorme détour pour ne pas me trouver planté dans la boue épaisse. Comment arracher 220kg de la glaise?

Il n y a jamais une piste mais 10 en permanence, des bonnes des moins bonnes, laquelle choisir ?  Au début je m'en inquiétais, désormais, je commence à avoir un bon feeling.

Juste avant d 'arriver à Tsetserleg, 20 km de goudron. Au risque de décevoir et d'écorner un peu l'image, j'en éprouve un trés vif plaisir.

Tsetserlerg, je fais ressouder le support des valises. La soudure étant interdite sur la moto pour éviter de brûler le boitier électronique, je démonte tout. La probabilité que le remontage tombe en face des trous est quasi nulle. Gros coup de bol, ça rentre pile poil.

Persuadé que mon amortisseur arrière est en train de me lâcher, je ne réalise pas à ce moment là que les deux  vis supérieures de la raquette viennent de casser, générant sur chaque pierre une secousse inquiétante.

Depuis deux jours je croise mes premiers touristes en provenance d'Oulan Bator. Les pauvres, ils se font balloter en fourgonnette pendant des heures, s'arrêtent quand et où on leur dit, dorment dans des yourtes de cour d'hôtel. S'ils savaient que les vrais gers leur tendent les bras.

Plus de 1300 km de pistes dures derrière, (Marseille Brest, sur un chemin trés cabossé), des dizaines de rencontres étonnantes, agréables presque toujours.

J'ai beau avoir l'impression de ne cesser de manger du mouton, je dois faire des trous à ma ceinture. Ma dernière feuille de salade est un lointain souvenir.

Je me sens coquille de noix dans cet océan herbeux. Petit radeau mécanique à la dérive.

Wei arrive à UB le 18 en fin de matinée. Nous allons traverser le désert de Gobi. Ai je vraiment toute ma raison? pas sùr...

Mercredi matin, je me réveille fiévreux, aprés une nuit difficile. Repos à Tsetserleg. J'ai une douche chaude. Cela ne m'est pas arrivé depuis presque 15 jours.