Je quitte mes deux hôtes et prends la direction de Olgy. Petite étape, je veux me faire une idée avant de décider mon plan de route.

 

La piste demande de la concentration. Il y en a plusieurs et il faut choisir celle qui semble la meilleure. Elles sont entrelacées sur plusieurs centaines de mètres de large et parfois, l'une d'entre elle s échappe pour ne plus revenir. Mieux vaut ne pas se trouver sur celle là à ce moment là sinon, adieu l'itinéraire prévu.

Je croise des groupes de cavaliers, des troupeaux de moutons, de chèvres, de chameaux. Les paysages sont incroyablement beaux, grandioses. Prendre une photo c'est s'exposer à choisir une petite portion de cet univers gigantesque, parfois lunaire. Que dire alors qu'il n'y a rien a dire? C est un autre monde.

Mongolie 265

Mongolie 268

Mongolie 271

Tole ondulée. Trouver la vitesse adaptée. Trop lent et les vibrations sont terribles, inimaginables. Trop rapide et c'est le risque de passer dans un trou, faire un tout droit. Lorsque la vitesse est en phase avec l'onde la moto survole les vagues et le plaisir est au rendez vous. Souvent, deux traces laissées par les roues des 4x4 ou des camions. Entre les deux traces, un bourrelet sableux ou gravillonneux, voire franchement caillouteux, parfois assez élevé, qu'il faut éviter à tout prix. Si par hasard, la moto se trouve prise dedans, c est le rodéo, avec une forte propension au coup de rein latéral. Là, l'erreur consisterait à décélérer, ce serait la gamelle assurée, il faut au contraire accélérer pour donner de la force à la trajectoire de la moto, qui s'en sort alors toute seule, du fait de sa masse, de sa vitesse. C'est contre nature mais je m'y tiens. Je sais que tôt ou tard je tomberai. Ce n'est pas encore arrivé. Nous sommes loin des prestations des pilotes du Paris Dakar. Je suis seul, mon petit matériel doit faire la traversée, j'ai des bagages, la prise de risque n est pas possible. je cherche en permanence le compromis entre cette allure trop lente qui me rend vulnérable à la chute et la vitesse excessive que je ne peux pas contrôler du fait du terrain.

Je franchis un col. Les 2 derniers km sont a plus de 20%, en devers, dans un éboulis caillouteux, les crampons ne sont pas de trop, la cylindrée non plus. La diode s'allume au sommet, pour une fois elle a raison. je laisse le moteur refroidir et contemple.

J'arrive a Olgy. Dans le café internet je rencontre Ainabeck. Il fait partie de cette trés forte communauté Kazack qui peuple ce coin  de  Mongolie. Ils sont établis là depuis des générations. Je suis invité chez lui. J'ai droit au défilé des oncles des tantes, des cousins, des cousines. Il parle bien anglais. Il a 31 ans, ses positions sont tres tranchées, sur beaucoup de sujets. Pour avoir été comme cela, je l'ecoute avec indulgence. Il a fini, la relation va pouvoir commencer. Nous buvons une bière au bord de la rivière, au milieu des montagnes, le vent souffle fort. Nous regardons au loin les troupeaux se déplacer, le soleil descendre sur les crêtes.Les mots deviennent superflus. Nous sommes bien.

Le lendemain je décide de tirer jusqu'à Hovd. On m'a dit qu il fallait 8h pour les 230 km. Cela me parait beaucoup. Il les faudra pourtant. Toutes les demi heures je fais une rencontre, plus ou moins longue, toujours bienveillante. Je tombe sur deux hommes en panne d'essence avec la moto qui les transporte et un chargement de folie. Je leur donne les deux litres d'un de mes petits jerricans noirs. Pour me remercier, l'un d'eux sort de son sac un caillou et me le donne. "non, non, c'est un fromage".... " ah bon ? merci les gars ! vous ne fournissez pas le casse noix avec? " Je repars avec mon fromage. Nos picodons ardechoix, c'est du beurre à côté.

J'apercois un groupe de cavaliers à 2 ou 3 km à gauche. La steppe est si belle, si lisse, je quitte la piste et tire droit sur eux. Ils s' apprètent à bivouaquer, sans tente, sans duvet, sans rien en fait. Couchés tout habillés par terre prés de leurs chevaux. Je suis sidéré. Nous nous asseyons en cercle. Du chef de la troupe, la cinquantaine, émane un charisme tranquille. Il me plait immédiatement. Il m'invite à monter sur son cheval, je le fais s'asseoir sur la moto. Il me fait respirer sa blague à tabac, rituel d'accueil chez les mongols. Je passe une heure avec eux. Ils me proposent le bivouac, j'hésite. Deux motos planéta 5 arrivent, les pilotes, un peu éméchés, gesticulent, parlent fort. Le charme est rompu. Je pars. Plus tard, arrivé à Hovd, je pense à l'homme au chapeau vert. quelle force ! quelle élégance ! quelle douceur !

Mongolie 304

Mongolie 297