Je quitte Pavlodar vendredi et coupe en direction de Barnaul (barrrrnaoule) en Russie. Passage de frontière sans histoire en 3h. Dans un bistrot arménien je change de l'argent. Le patron me propose un taux avantageux car je lui ai fredonné du Charles Aznavour. Qu'est ce qu il ne faut pas faire ?.....Il y a la une forte communauté Arménienne. La France, terre d'accueil pour leurs compatriotes leur est sympathique. Nous buvons une eau gazeuse dans une franche bonne humeur.

Je repars et là les choses se compliquent un peu. Non seulement la sonde refait des siennes et allume la diode de température, mais deux gros orages éclatent l'un de chaque coté de mon itinéraire. Passera, passera pas. J'enfile in extremis ma tenue de matelot et me fais copieusement rincer tout de même, m arrêtant chaque fois que le rouge clignote sur mon petit tableau de bord.

Je cogite : Barnaul est la dernière grande ville avant les montagnes de l'altai et la Mongolie. Ce problème de sonde doit être résolu avant la mongolie.

Samedi, je commence à arpenter les rues de la ville de bonne heure, bien décidé à en découdre avec mon système de refroidissement. Là, il faut bien comprendre un truc important : je ne parle pas russe et ils ne parlent pas anglais. Ce n'est déjà pas de la tarte de leur faire comprendre que je cherche un garage moto, mais quand ils se mettent à expliquer comment faire pour y aller, ça devient du grand n'importe quoi. Après moult signes et onomatopées, j'arrive après deux heures jusqu au seul garage moto de la ville. Je vais y passer 9h.

Mongolie 199

Iliouchka, Roman et Alexis sont les trois mécanos. Je leur explique ma petite histoire de voyant et leur fais comprendre qu'il faut jeter un coup d'oeil à cette pompe à eau. S'ensuit une longue opération de démontage du carter d'embrayage. Une durite d huile particulièrement coriace et mal placée complique singulièrement la donne.  J'aime cette ambiance d'atelier ou alternent moments de détente, concentration et minutie. Coup de fil rapide à Didier au Villard et à Christian, chef d'atelier du BMW moto de Valence. La pompe est intacte. Elle n a rien. Elle tourne. C'est donc la sonde. Les 6 heures nécessaires à ce constat étaient essentielles. Pas de regret. Je change les plaquettes de frein avant complètement cuites, je mets les deux pneus enduro que je trimbale depuis la France, et autres bricoles importantes dont je vous fais grâce.

Je conçois que tous ces détails mécaniques n'offrent que peu d intérêt au visiteur du blog. Pourtant Bleuette et moi sommes liés. De son bien être dépend le mien. Je vis quotidiennement avec un morceau de ferraille roulant pour qui mon affection augmente tous les jours. Etrange sensation.

Dimanche 4 je file vers l'est. Conditions idéales. Le voyant s'allume, je l'ignore. Je roule avec pendant une demi heure et la, ô surprise, le calculateur électronique de la moto réinitialise le tout. La moto est comme neuve. Du moins le crois je.

Le paysage devient de plus en plus beau, je longe une rivière, traverse des paysages qui rappelle la suisse. Cette république Russe de l'Altai a un charme fou. Vers 16h, je croise  les russes de Novossibirsk et Barnaul, dont le week end s achève et qui rentrent à la maison le nez rouge vif et les cannes à pêche dans le coffre. Bientôt me revoilà seul, les montagnes magnifiques, les arbres, l'eau....

Bivouac au bord d un torrent. Après quelques instants, un homme s approche. Il me demande si je suis seul, mon récent tractage de brigand m'a rendu un peu méfiant. Dans le doute je lui dis non. Je laisse croire que mon pseudo partenaire est sous la tente. C'est l'éclaireur de  trois 4x4 qui arrivent bientôt, joyeuse équipe. J'avoue que je n'ai pas de partenaire. Je leur explique le contexte. Ils comprennent mon petit mensonge. Vodka...

Lundi 5. Je plie le camp. Je pense à JF, au refuge de pre-peyret, 33 ans plus tôt, passé révolu mais expérience fondatrice...

C'est magnifique. je ne force pas, je dormirai où je dormirai. je prends mon temps. Je double un couple de cyclites britanniques. Je les dépasse et m'arrête un km plus loin pour leur faire une "hola". Ils sont touchés qu'un motard se soit arrété pour eux, je suis touché de les voir, sales, fatigués et heureux. Pour eux, je suis d'une autre espèce. Celle de la locomotion facile, motorisée. Pourtant, je n'ai pas l'impression de faire semblant, et quand je me couche je dors bien. Plus jeune, j'ai beaucoup randonné, à pied ou à vélo. La moto enlève quelque chose de précieux, plus simple, plus lent, plus silencieux. "Qu'importe le flacon pourvu qu'il y ait l'ivresse". Et l'ivresse du grand large est bien là, même à moto.

J'arrive à Tashanta vers 17h. Tashanta, voila deux ans que ce nom de petit village me fait rêver. C'est la frontière Mongole. Je n'ai pas projeté de traverser ce soir. je vais quand même au poste pour m'enquérir des horaires d'ouverture du lendemain. Le douanier me dit : " Dépêchez vous, on vous prend, vous êtes le dernier pour aujourd'hui". Me voila dans l'entonnoir, les guichets se succèdent....17h55 je quitte la douane russe, restent 25 km de no man's land et la frontière Mongole, L'orage menace. A tous les coups les Mongols seront partis et je vais être bon pour camper dans le no man's land sous le déluge, je trace avec vigilance. Je  n'ose même pas imaginer le casse tête administratif si je me gamellais entre les deux douanes.

Copie (2) de Mongolie 250

Mongolie 256

Mongolie 257

Douane Mongole, vite, vite, je cours, les douaniers sont autour de moi, les tampons à la main, pressés de partir, en 10 mn c' est fait. L orage est au dessus de nous, va péter d une seconde à l'autre. Derrière la douane, 10 baraques en planches, que faire ? la dernière maison est un café, j'entre : 'bonjour Madame, je peux dormir dans un coin par terre?" " non, non, ici c est froid, suivez moi !"  Je la suis dans la yourte voisine. Sa soeur plus jeune donne le sein à un bébé de 1 mois, un petit garçon de trois ans joue avec son camion. Des petits lits sont disposés sur le pourtour, un poêle chauffe au centre, mobilier élémentaire, petite télé, je suis invité. J'attrape ma sacoche de réservoir, je rentre, l'orage éclate, bref mais terrible...Ouuuuuf!!!!!!

Dans la yourte la chaleur est de 30 degrés, dehors il doit faire 10-12. J'étouffe, je sors. Enfin j'essaie. Je me fracasse la tête sur le montant de la porte sous l'oeil hilare des deux soeurs. Mon oeuf de pâques et moi partons marcher quelques instants. A part la porte d'entrée, c'est grand une yourte. Ça doit bien faire 7 m de diamètre et nous ne sommes pas serrés. Taches ménagères, bains des petits, nous mangeons tranquillement. Atmosphère féminine, douce, reposante.

22h, Trois 4x4 russes arrivent D' olgy, branle-bas de combat, ils veulent manger dans le café. La plus jeune des soeurs se jettent dans la confection de ravioles maison. je tente de l'aider pendant que l'autre court dans tous les sens. Comprenant rapidement que je ne suis pas le roi du raviole, elle me confie la petite qui braille. J'arpente la yourte avec Tchimik dans les bras, minuscule poupée mongole. Les deux soeurs se démènent pendant qu'a la télé les chanteuses de variété kazakhs se démènent aussi, différemment. 

Le coup de feu passe, je ressors prendre l'air. Deuxième oeuf de Pâques, je me maudis ! P..... de B......de M..... Dieu merci je n'ai pas à mettre le casque tout de suite.

Minuit, extinction des feux. Mon cerveau trop rempli d'images met quant à lui, plus de temps à s'éteindre... Mes deux girophares sur le crane également....