Mongolie 102

Je quitte Atyrau vers 9h aprés avoir changé un peu d'argent. 180km de bonne route jusqu'à Kamat. Là haut, il va falloir que quelqu'un songe à débrancher le ventilo, le vent, en plus d'être toujours aussi fort, est devenu brûlant. Plus question de rouler sans eau. Puis le goudron commence à faire défaut. J'ai tout le loisir d'observer toutes les variantes du revètement. Il y a le petit nid de poule (nidus poulus minus). Celui là ne pose pas de problème, la moto le survole. On trouve couramment le nidus poulus "médium", à éviter. Il peut faire jusqu'à 30cm de fond et un petit mètre de diamètre. Fréquent est aussi le troupeau de nids de poule. L'essentiel est de bien viser mais il est rare que la trajectoire n'en croise pas un ou deux sur le nombre. Puis la route s'améliore sur un ou deux km, la vigilance baisse, la vitesse s'accroît, et là surgit le pire : le nidus poulus isolus, plus communément appelé "le piège à con". J'ai même croisé quelques beaux spécimens de nidus poulus "gigentus" : on pourrait y ranger au fond la moto à plat, moi allongé à coté et des provisions pour 15 jours. Pour un intérèt assez limité toutefois...

Autour, la steppe, belle et infinie. Des villages rares, écrasés sous la chaleur. Je suis obligé de m' arréter pour boire toutes les heures sinon les parois de la bouche se mettent à coller aux dents. Pendant les 3 jours qui vont suivre, je vais tourner à 6 l par jour. Pas d'ombre hors des constructions humaines. Toutes mes pauses sont généralement agrémentées par une compagnie conviviale, curieuse, souriante. Cette chaleur humaine est précieuse pour affronter une route, qui, il faut bien le dire, est éprouvante.

Et puis le goudron disparaît complètement et je roule debout pour laisser "bleuette" (c'est le petit nom de la moto), vivre sa vie tranquille sur les bosses . La boue durcie a parfois créé des crêtes extrèmement cassantes. Merci monsieur Ohlins pour le bel amortisseur tout neuf.
Impensable de quitter des yeux la piste. La vitesse tombe à 40km/h, ce qui éloigne d'autant les villages. Ces derniers deviennent des îles entre lesquelles je navigue. Psychologiquement, je fonctionne par sauts de puce, de 80 en 80km. Un saut de puce c'est 2h dans le four à air pulsé.

Mongolie 114

Le vent, toujours présent est devenu un détail, sauf quand je croise un camion. La poussière est telle que je fais 20 mètres en aveugle. Au diable le code de la route, je me débrouille maintenant pour croiser du coté d'où vient le vent. Pour autant, il y a longtemps que bleuette pourrait s'appeler grisette.

J'envisage de m'arrêter à Bajganin mais le policier local, voit les choses autrement. Il me fait comprendre que je suis indésirable et que je dois tirer jusqu'à Subarkudyk. Sur le ton du "au revoir merci" je traite d'enflure le petit obersturmfuhrer poussièreux et mets les voiles. Encore 87 bornes, 1h30 de jour, un peu juste... Bivouac envisageable mais je rève d'une bière fraîche. Je connais mieux le terrain et arrive à Subarkudyk dans le temps imparti. "holà tavernier, une bière frappée! " Il revient avec de la pisse d'âne tiède. Je dois battre des ailes pour signifier qu'un morceau de poulet me ferait plaisir. Une fois dans la cahute qui me sert de chambre, je constate avec ravissement que ma paillasse se déplace presque toute seule. Finalement, il va falloir réétudier l'option bivouac...

Le lendemain va ètre incroyable. En partie grâce à un météorite tombé dans la steppe Kazakh quelques milliers d'années plus tôt.