Mongolie 037

Me voila en Ukraine.

 

Je suis dans une famille, très accueillante. Le père est infirmier, le fils, Sacha, 15 ans, est à côté de moi, il passe un examen d'anglais demain et sans son aide nous ne pourrions pas converser. Je suis pompette, je n'ai pas pu éviter l'apéro et il était redoutable. Ca va être dur demain matin.

 

Depuis que je suis parti les jours semblent des semaines.

 

J'ai traversé l'Italie sous la pluie avec une première nuit sous la tente un peu après Milan, en bordure d'un champ de maïs. C’est la pluie qui m'a réveillé vers 5h du matin.  A 5h30, comme elle s'est arrêtée, j'en ai profité pour plier et repartir. Vers midi je franchissais la frontière Slovène, direction Ljubljana. Frontière Croate et ça repart... Vers 19h30, je sors de l’autoroute et cherche un coin pour planter la tente. Là, je tombe sur un cycliste savoyard, traînant derrière lui une petite remorque avec un gros panneau solaire posé dessus. il a déraillé et le moteur électrique qui lui sert d'assistance a continué à tourner au grand regret de la chaîne qui du coup tire une sale gueule. Je m'arrête, lui donne un coup de main, en vain. La maison la plus proche nous donne accès à son atelier, en vain. Je retourne avec lui vers une petite pension de famille située pas loin. Dîner ensemble puis je repars chercher un coin pour la nuit. Trop tard, il fait trop noir et impossible de dégotter le petit 4 m2 qui irait bien, je retourne à la pension et nous bricolons la chaîne de Florian.

 

Mercredi 16, décollage vers 6h30, frontière et rentrée en Serbie. Là, ça se gâte un peu car j'ai été assez idiot pour oublier mon coupon vert d'assurance. Je cuisine le douanier, je fais tout ce que je peux, je fais même mine de repartir en arrière pour me représenter à un autre guichet... 62 euros plus tard nous redevenons copains mais je me tire. Jusqu’à Belgrade, tout baigne dans l’huile. J'aperçois les premiers véhicules un peu approximatifs après la capitale serbe, puis la carte commence à ne plus trop ressembler aux routes que je prends. Je quitte l’autoroute, me dirige vers le fleuve qui sépare la Serbie de la Roumanie. La chaleur est accablante dès que je m'arrête.

80 km de route sinueuse et agréable en bord de fleuve, je traverse et me retrouve en Roumanie. Douanier roumain sympa et me voila reparti dans une autre ambiance.

La Roumanie, il faut bien le dire, c est un peu le bordel : des chevaux qui labourent on ne sait trop quoi, des carrioles à foin tirées par des ânes ou chevaux sur les routes, des nids de poules, des trucs qui traînent un peu partout, une anarchie un peu latine ... C'est sûrement pour cela que c’est sympa. Je tire jusqu’ à Craiova et avance jusqu’au bled suivant.

 

En Roumanie, c'est les foins. Pas de balles rondes, des meules la plupart du temps ou des petits ballots. Des tracteurs hors d’âge, la famille au complet dans les près, la fourche à la main.

 

Là, je m arrête dans un troquet de bord de route et rencontre Marius, Florin et Stephan, la musique de leur voiture à fond pour agrémenter la terrasse. Je leur fais comprendre que le silence est d'or. 25, 20 et 17 ans. Ils sont accueillants, prévenants. Nous échangeons quelques mots, puis je viens à leur table. Marius surfe volontiers sur les sites de motards voyageant autour du monde. J’apprends qu’ils sont à l’école de Police. Ils me recommandent de me méfier des bandes d'enfants... Un orage aussi violent que soudain éclate, nous décrochons à toute vitesse les pots de fleurs suspendus, le courant saute... Voila de quoi nouer des liens. Bière, rebière, rerebière, nous nous quittons "à la vie à la mort"...

 

Jeudi, départ 7h mais changement de fuseau, il est 6 heures en France. L’orage a bien rafraîchi l’ambiance et je me pèle pendant une heure sur la moto. Puis le vent se lève et je dois conduire incliné à 15 degrés pour rouler droit. Fatiguant. Depuis que je suis parti, j’ ai roulé beaucoup. L’Europe n'est pas le clou du voyage et je fais l’impasse. C’est vrai que plusieurs fois je me suis dit que je passais trop vite, mais il faut choisir. Il y a le Kazakhstan, la Mongolie et peut être la Chine à voir alors je trace. C'est le pain noir du temps à prendre mais le pain blanc des revêtements de sol.

 

Je suis dehors, sur la moto, toute la journée, davantage perméable qu’en voiture. Même vite, bien trop vite, je sens que je m'imprègne d'un petit quelque chose au passage.

La Roumanie c'est le moyen âge de la France, la Moldavie c'est le moyen âge de la Roumanie, donc très sympa. D'autant plus que je tombe à la frontière sur des motards bulgares, russes et roumains, qui m' aident un peu dans les traductions. Nous nous retrouvons peu de temps après la frontière en Moldavie car l’un d'eux a crevé. Je contribue comme je peux. Ils me donnent rendez vous à Odessa pour le grand rassemblement moto. faut voir...

 

20h, un peu flagada, je rentre en Ukraine. Pas un sous local en poche et la moto sur la réserve. Terrasse de bar, Nicolaï, un ukrainien bâti comme un taureau qui appelle son pote, me change des euros à un cours honnête. Nous restons deux heures à boire des coups et tenter de dire trois mots. Il veut m'offrir un litre de vin rouge maison. Je renonce à lui expliquer que chez nous le vin et le vinaigre sont deux choses différentes et m’en enfourne à regret deux grands verres. 

 

Un de ses copains, Roman, m'invite à dormir chez lui et me voilà à une heure du mat, en train de ramer sur un clavier cyrillique.

 

Je leur ai dit demain six heures et il va falloir rendre l'antenne. Je suis cuit.

 

 

 

2400 km au compteur, les fesses un peu douloureuses et une contracture récurrente à l’épaule droite. La moto : jusque là, une horloge… Demain, je tire jusqu’à la Russie et je dors avant la frontière... Ce sera la fin de la marche d’approche.